
Depuis 30 ans et la totale libre circulation des capitaux, les règles ont pour ainsi dire disparu sur les marchés financiers. Le triomphe d'une idéologie néolibérale, croyant en un marché "parfait" s'autorégulant a entrainé un décloisonnement global des activités amenant par exemple des banques à se muer en assureur, achetant des instruments financiers que personne ne comprend ou maitrise, sorte de corps hétéroclite fait de tout et n'importe quoi, tout cela dans un but ultime : gonfler à outrance et par n'importe quels moyens ses volumes d'actifs. Un système fondé sur l'endettement est-ce cela "l'éthique" du marché? Ce décloisonnement des activités c'est ce qui fait, comme aujourd'hui, qu'une crise du secteur bancaire se transforme en véritable crise systèmique se propageant à l'ensemble de l'économie.
Dernier exemple en date, la crise des subprimes, latente depuis un an et qui a explosé sur les places financières lundi dernier après la mise en faillite de la cinquième banque américaine Lehman Brothers, suite à la décision de la Réserve Fédérale Américaine (FED) de ne pas venir en aide au groupe, préférant privilégier le sauvetage de sa concurrente Merill Lynch en favorisant son rachat par Bank of America. Pourquoi une tel crise? Pour certains, le responsable est tout trouvé en la personne d'Alan Greenspan ex-président de la FED (1987 à 2006) c'est en effet lui qui a favorisé la spéculation immobilière pour relancer l'économie américaine suite à l'explosion de la "bulle" internet et au 11 septembre 2001. En laissant filer les taux d'intérets au plus bas, en refusant toute régulation il a laissé ce marché si "parfait" se perdre dans ses pires excès, faisant perdre au passage à 2,5 millions d'américains leurs habitations et à ce meme Alan Greenspan de déclarer mardi "c'est la plus grave crise depuis 1929". Cette crise est avant tout une crise de liquidités. En effet, la plupart des établissements américains, ont voulu surfer sur la bulle immobilière en achetant des produits financiers obscurs composés en partie de créances de prets immobiliers, devenues insolvables et ne valant donc plus rien. Les dix plus grands groupes bancaires américains, ont compris suite à la faillite de Lehman Brothers ce risque et ont immédiatement réagi en créant un trésor de 70 milliards de dollars dans lequel piocher en cas de manque de liquidités. Lundi 15 septembre, l'ensemble des places boursières mondiales plongées, le Dow Jones perdait 4,5%, à Paris le CAC décrochait de 4%, alors que sur les marchés asiatiques la situation n'était pas meilleure puisque l'indice Nikkei à Tokyo chutait de 4% et Hong-Kong de 5,9%.
Mardi, le décloisonnement dont nous parlions allait faire trembler la finance mondiale bien plus fort que la veille. Cette fois ci, tous les regards étaient tournés vers le numéro un mondial de l'assurance AIG, ses 116 000 employés et ses 441 milliards d'actifs, au bord de la faillite. Vu l'ampleur de l'enjeu des mesures exceptionnels furent immédiatement prises. L'Etat de New-York autorisa AIG à ponctionner 20 milliards de dollars dans ses filiales pour renflouer ses caisses. L'incertitude autour du sort de l'American International Group, fit plonger les marchés au point qu'à Moscou ont pris la décision de fermer la bourse mercredi après un véritable "Krach" puisque l'indice russe était alors à - 19%!!! (le "krach" se définit par la perte d'au moins 10% de la valeur d'un indice en une seule séance).
Devant la gravité de la situation, la Réserve américaine et le Trésor, prirent la décision, contrairement à Lehman Brothers, de sauver AIG, en accordant à l'assureur un pret de 85 milliards de dollars sur deux ans, en l'échange d'une nationalisation à hauteur de 79,9%. Suite à cette annonce, les marchés repartaient ce matin à la hausse. A l'ouverture Paris bondissait de 6%, alors que Tokyo avait cloturé à + 4%. Toutefois cet épisode ne pourrait etre qu'un début, puisque c'est maintenant 10 banques régionnales américaines qui sont menacées et que la crise à d'hors et déjà gagné l'Europe suite au rachat de la HBOS (Bank of Scotland) spécialisée dans le crédit immobilier à taux variable et essuyant donc une crise de liquidités, par la Lloyd's.
La FED et le trésor devrait présenter devant le Congrès un projet de sauvetage des groupes bancaires américains. Cette crise illustre les excès de la déréglementation totale du système financier et repose la question de l'intervention de l'Etat dans l'économie. Selon Jacques Généreux (professeur à l'institut d'études politiques de Paris) la question n'est pas de savoir s'il faut "plus ou moins d'Etat" mais plutot "quel Etat veut on?". Aux Etats-Unis, l'Etat providence a depuis bien longtemps disparu, c'est un Etat privatisé, au service du marché. Seulement, éteindre l'incendie par des plans de sauvetages publics, en ponctionnant des contribuables, déjà victimes pour certains de la crise des subprimes, n'est peut etre pas la meilleure des solutions. La solution justement, se trouve peut etre en amont, dans un travail de réglementation des marchés et de recloisonnement des activités de la part des Etats et des politiques.

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